Le Croisic

Octobre 2011 (14 ans)

C’était mon havre de paix. Un endroit ne ressemblant à aucun autre. J’aime poser des mots sur ces lieux comme j’aime m’y retrouver.

Un village de Bretagne secoué par les vents d’Ouest. Chaque rocher, chaque vague, chaque soleil couchant étaient pour moi source d’émerveillement lorsque je dévalais la côte sauvage à vélo; je sentais sur mon visage le fouet de mes cheveux soulevés par le vent, chargé d’embruns venus d’Outre-Mer.

Là-bas la force du vent n’est pas la même. C’est une force si puissante et si douce à la fois qu’elle vous enivre, vous emplit des senteurs si particulières à la région, odeur de vase, salée et âcre, au premier abord quelque peu repoussante mais si agréable lorsqu’on s’y est habitué. Elle vous envole et vous hypnotise. Comme un doux somnifère, comme une drogue, qui vous emporte au pays des rêves. On y oublie tout. Là bas la Nature ne fait que vous rappeler qui est le maître. Et le maître c’est Elle. Incontestable vérité, si effrayante et pourtant apaisante.

Ah, comme j’aimerais y retourner, ce petit village de Bretagne secoué par les vents d’Ouest.

Je sens encore l’odeur des chichis bien chauds comme si je sortais ma monnaie pour les payer, tandis que la vendeuse me tendait le cornet entouré d’une serviette graisseuse. Je sens encore la joie de ces soirées passées sur le port, où les rires tonitruants des marins un peu saouls se mêlaient à l’explosion des pétards. Ce feu d’artifice sur la jetée; nous retenions notre souffle chaque fois qu’une gerbe d’étincelle fendait le ciel étoilé.

J’aime à repenser à ce soir où une troupe de saltimbanques étaient venus, étalant leurs stocks fourmillants de camelotes, ces petits objets que l’on achète, dont on pense faire de grandes choses, mais qui finalement se retrouveront à leur tour dans le vide-poche de l’entrée.

Et puis cette presqu’île, en face du port. Un passeur nous faisait traverser les 500 mètres d’eau salée; du moins lorsque la marée nous le permettait: c’était impossible quand la marée basse découvrait ses bancs de sable doré.

Résonne encore à mon oreille le claquement familier des haubans contre les mâts des cata-marants. Le dur chant du bateau qui pleurait à travers les moutons d’écumes, quand l’audace nous poussait à border la grand voile; à tel point que la force du vent soulevait une des coques.

Le reflet satiné des rayons de soleil sur la mer, parfois laissant place à une furieuse armée de nuages d’écume, comme animés d’une force dévastatrice. C’est à ces moments là qu’on découvre la beauté d’un orage sur la mer, les éclairs de lumières fendant la nuit. On comptait, un, deux, trois jusqu’à ce qu’on entende le grondement de tonnerre, et puis ce calcul démontrant la distance de l’éclair, distance parfois si proche que sa simple évocation nous faisait frissonner. On repérait la lumière tournoyante des phares éclairant les flots; les aînés tendaient le doigt vers les lumières, expliquant aux plus jeunes la subtile organisation du rythme auquel s’allumaient les tours lumineuses.

Comme j’aime gratter le papier, faisant revivre de ma plume ces beaux souvenirs.

IMG_2372.jpgIMG_1446.jpg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s