Les Etinc’elles #3 : Tiphaine « on tombe amoureuse de l’homme, pas du militaire »

Mes chers petits lecteurs,

Je suis plus qu’heureuse aujourd’hui de vous partager ce troisième témoignage pour les Etinc’elles. Et quel témoignage, car j’ai eu la joie d’échanger avec Tiphaine sur la vie de femme de militaire. Non seulement ce sujet me concerne, mais je sais que vous êtes nombreuses à être dans le même cas. Et c’est une position tellement particulière, une vie de couple si différente de ce dont on a l’habitude, que les témoignages à ce sujet n’en sont que plus utiles et plus réconfortants. Alors je vous laisse avec les doux mots de Tiphaine, avec son espérance et sa joie et j’espère que celles d’entre vous qui vivent des moments difficiles, des absences, des départs imprévus y trouveront un peu de baume au coeur.

Bonjour Tiphaine ! Pour commencer, raconte nous qui tu es. 

Je m’appelle Tiphaine, j’ai 26 ans, et comme je suis fille de militaire je n’ai pas tellement d’origine ! Je suis mariée avec Emmanuel depuis octobre 2017. On a un petit garçon qui s’appelle Martin et qui a 8 mois. Pour l’instant je ne travaille pas, j’ai suivi des études de lettres pour être bibliothécaire, mais j’ai commencé il y a peu une activité d’écrivain public, en auto-entrepreneur. Je fais actuellement de la web rédaction pour des sites internet. J’aime faire de l’écriture mon métier !

Est ce que tu veux bien me raconter ton histoire avec ton mari ? 

On s’est rencontré il y a bientôt 5 ans, j’avais 22 ans et lui 20, par un groupe de prière à Nantes. À l’époque il n’était pas du tout dans l’armée, il était en études de comptabilité mais ça ne lui plaisait pas, il voulait un métier du terrain. Moi j’étais en dernière année de master. On a vite accroché, et l’année d’après il a été dans une période de réflexion pour savoir ce qu’il voulait faire, il s’est posé la question de l’armée, de la gendarmerie… Et moi je l’ai accompagné dans cette démarche. On s’est mariés un an après son entrée dans l’armée, on avait 25 et 23 ans.

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Quel est son rythme en tant que militaire?

Son premier grand départ était en novembre. Il est parti 4 mois au Mali et rentré il y a un mois. C’était le premier grand départ. Hors ces opex (opérations extérieures) c’est  quand même un rythme différent par rapport à d’autres couples. Quand on était fiancés on se voyait deux ou trois fois par mois. Puis quand on s’est mariés, on n’a pas vécu ensemble tout de suite, il ne rentrait que le week-end. Et quand on a habité ensemble il était souvent en manœuvre et il travaillait un week end sur deux : j’étais enceinte à ce moment là, donc j’ai vécu tout ça en saccadé. C’est un rythme compliqué ! 

Ton père étant militaire, tu devais avoir l’habitude de ce rythme ? 

On pourrait croire que j’avais l’habitude! Mais en fait l’armée qu’a vécu mon papa était très différente de l’armée d’aujourd’hui. Mon père n’est jamais parti en opération extérieure, car il n’y avait pas autant de théâtre d’opérations. Et là il est à la retraite depuis une dizaine d’année déjà. On déménageait souvent mais je n’ai pas trop vécu les déménagements vu que j’étais en pension. Ce que j’ai retenu de ça c’est une bonne image de l’armée, une image positive car mon père y est très attaché. J’avais une vision de prestige.  Quand Emmanuel m’a parlé de son projet, je n’ai pas été effrayée, je me suis dit « ça veut dire que je vais devenir femme de militaire il faut que je réfléchisse » mais je ne me suis pas dit « oh non pas l’armée, quelle horreur !». Ça ne me faisait pas rêver non plus, même si je sais qu’il y a des filles que l’uniforme fait rêver.

Quand ton fiancé a décidé de rentrer dans l’armée, quelles questions t’es tu posées? 

Je pense que la question principale a été « est ce que je me sens prête, est ce que je l’aime assez pour le suivre là où il ira ? ». Je me suis demandé si j’étais prête à le quitter pour épouser quelqu’un qui aurait un travail avec un rythme plus stable, qui serait plus présent. Et je me suis dit non, ce ne serait pas lui donc je ne veux pas. Je voulais être avec lui quoi qu’il arrive. Mais il fallait que j’accepte ce début de vie ensemble, ce rythme particulier. On ne s’est jamais caché que c’était une possibilité qu’on rompe nos fiançailles à cause de ça. C’est pour ça que l’on ne s’est pas fiancés tout de suite. Il fallait vraiment que je sois prête à dire « oui, je te suis dans la vie de femme de militaire ». Ce n’est pas une situation qui est normale, ce n’est pas une chose facile, même si beaucoup disent « tu le savais, tu as signé pour ça… » Je me bats pour que les gens arrêtent de dire ça ! Parfois on me demande comment je le vis, de temps en temps je réponds que c’est un peu difficile et j’entends en retour « mais tu le savais, tu as signé pour ça » ou alors « quatre mois ce n’est pas si long… » Et en fait si, c’est long ! Même si c’est un choix, c’est forcément difficile. On ne signe pas pour ça, on signe malgré ça, parce qu’on aime notre mari, notre fiancé. C’est un choix mais ce n’est pas parce qu’on l’a choisi que c’est moins difficile, que ce n’est pas une épreuve… Je me suis demandé où j’en serais si je n’étais pas avec militaire, si je serais plus heureuse. Et en fait non,  parce que je ne serais pas avec l’homme de ma vie!

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Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’il y a des femmes qui sont faites pour être femmes de militaire. Je ne suis pas d’accord. ll y a 10 ans personne n‘aurait parié sur moi pour être femme de militaire: je suis quelqu’un de très sensible, très émotive, qui a des angoisses tout le temps, qui a peur de la solitude… et je suis femme de militaire ! Je pense que si on aime assez une personne pour le suivre dans cette vie là, on reçoit les grâces pour le vivre le mieux possible. Mais on n’est pas prédestinée à être femme de militaire. On tombe amoureuse d’un homme, on ne tombe pas amoureuse d’un militaire. J’ai récemment entendu : « Le Seigneur n’appelle pas ceux qui sont capables, mais il rend capable ceux qu’il appelle ! », et je le vois tous les jours dans ma vie avec Emmanuel.

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Qu’est ce que le fait que ton mari soit militaire apporte à votre couple? 

Ça nous apporte beaucoup. Avant qu’Emmanuel parte à l’armée on se voyait quasiment tout le temps, tous les jours, on habitait la même ville, on était dans le même groupe d’amis. Et le fait d’être séparés pour une ou deux semaines nous a vraiment fait grandir. Parce que quand on se retrouvait on se retrouvait vraiment. On a réalisé que c’était vraiment ensemble qu’on voulait passer notre vie. C’est là qu’on a décider qu’on pouvait se fiancer.

Depuis qu’on est mariés, c’est difficile mais ça nous fait grandir aussi. Sans parler de l’opex, il y a ce rythme un peu particulier qui fait que l’on ne passe pas toutes nos soirées et nos week-ends ensemble, on n’a pas de routine. Quand on se retrouve on profite des moments que l’on a ensemble. On passe tellement de temps séparés que ça ne sert à rien de de se disputer pour des broutilles quand on se retrouve. On apprend vraiment plus à profiter de l’autre, à se rendre compte de la chance qu’on a de vivre notre vie ensemble même si c’est saccadé. Et en ce qui concerne l’opex, c’est une épreuve pour le couple c’est sûr, mais c’est vraiment l’occasion d’apprendre à se connaitre. Et puis les retrouvailles c’est incroyable! 

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On entend souvent que l’armée c’est un peu comme une grande famille entre les femmes de militaire… Est ce que tu le ressens ?

On n’a pas eu trop le temps de connaitre des familles de militaires pour l’instant. Il existe des associations de régiments entre les femmes de militaire, ou alors l’ANFEM (Association Nationale des Femmes de Militaires) qui est basée dans la grande ville à côté de notre garnison. Ils proposent des activités pour les femmes de militaire, des cours, des visites…  Et puis le régiment lui-même propose des diners pour les conjointes, des choses sont mises en place. Pour notre garnison il y a un groupe Facebook pour partager des bons plans, c’est comme ça que j’ai trouvé une place en crèche pour Martin !  Et c’est par Instagram que j’ai découvert plein de comptes de femmes de militaires. Je ne les connais pas personnellement mais pendant qu’Emmanuel était au Mali ça m’a beaucoup soutenue parce que je me suis rendu compte que je n’étais pas toute seule, qu’il y avait plein d’autres femmes comme moi qui vivaient la même chose. Et même si par Instagram on ne voit que des bribes de vie, ce n’est jamais une vraie relation amicale comme on peut avoir dans la « vraie vie », on se rend compte que c’est difficile pour les autres aussi, que c’est normal d’en avoir marre et de souffrir de cette situation. 

Qu’est ce que tu appréhendais le plus pour cette première opex? 

Je pense que c’est le manque et l’absence. Je me disais « il va beaucoup beaucoup me manquer, comment vais-je « survivre »? «   Je me couchais le soir et j’étais seule. J’ai vécu Noël sans mon mari, et ça peut paraitre bête mais c’était dur parce que j’étais avec toutes mes soeurs et leurs maris, et je me disais que moi j’étais toute seule. Dans la journée j’avais Martin, j’avais de quoi m’occuper l’esprit, je n’avais pas l’angoisse permanente de me demander ce qui lui arrivait, est ce qu’il allait bien. Et c’est le soir quand je me retrouvais toute seule que j’avais toutes ces réflexions. Parce qu’il y a aussi ça, l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles, de se demander s’il va bien… Mais j’ai eu la grâce de ne pas être trop inquiète.

Et il y a eu d’autres combats et d’autres difficultés, notamment le fait d’être toute seule à m’occuper de Martin. Même si j’étais beaucoup avec mes parents qui m’ont beaucoup soutenue, je me suis retrouvée seule responsable d’un bébé d’à peine trois mois, et c’est beaucoup de responsabilités. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile d’assumer ça toute seule. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir ma mère à mes côtés, mais j’avais quand même le sentiment d’être toute seule avec mon bébé.  C’est un tout petit qui a besoin d‘attention permanente ! C’était un peu lourd à porter parfois.

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Est ce qu’il pouvait être amené à vivre des choses qu’il n’avait pas le droit de te raconter? 

Au Mali oui il y a eu quelques choses qu’il ne m’a pas racontées. Après c’était aussi d’un commun accord, il ne me racontait pas tout. Il me racontait les choses qui allaient bien. Je sais qu’il s’est passé quelques trucs un peu malheureux mais ça il me l’a dit quand il est rentré. J’imagine qu’il a gardé des choses pour lui parce qu’il n’avait pas le droit de tout raconter. Ça ne me dérange pas. Je préfère en savoir le moins possible parce que sinon après je me fais des films pour rien. Je ne regardais jamais les infos tu vois, je m’interdisais de regarder ce qui se passait au Mali, parce qu’en plus avec les médias tout est amplifié !

Est ce qu’il y a des choses qui se sont mieux passées que dans tes craintes? des bonnes surprises? 

Oui, au sujet des angoisses. Je suis quelqu’un de très angoissée. J’ai eu la bonne surprise de ne pas être si inquiète que ça. J’avais aussi peur de ne pas avoir beaucoup de nouvelles et finalement on s’appelait quasiment tous les jours, parfois une heure, parfois cinq minutes, mais j’avais quand même des nouvelles assez régulièrement. Et la bonne surprise aussi c’est que Martin est un bébé hyper facile et ça c’est une immense grâce, je remercie le Ciel de m’avoir donné un bébé aussi facile. Il a eu ses humeurs, ses moments où il était malade. Mais  avoir un bébé qui dort 12h par nuit quand ton mari n’est pas là, c’est une chance! À mon avis j’appréhenderai les autres opérations avec un peu plus de sérénité.

As-tu des conseils pour les femmes de militaire qui se préparent à vivre l’opex de leur chéri pour la première fois? 

Je dirais qu’il faut bien s’entourer de sa famille, de ses amis et ne pas hésiter à dire quand ça ne va pas.  Il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres et où l’on a besoin de se lâcher. Et je n’hésitais pas non plus à me confier à Emmanuel quand je l’avais au téléphone. Je sais qu’on entend beaucoup qu’il ne faut pas leur dire quand ça ne va pas, parce que ça les déconcentre de leur travail. C’est un choix, ça dépend aussi du poste du mari, du théâtre sur lequel il est. Au Mali c’était plutôt tranquille, même si ce n’est pas toujours ça. Je pense surtout à ceux qui étaient en Afghanistan où c’était la guerre tout le temps, il fallait qu’ils soient très concentrés sur leur travail. Moi je n’hésitais pas à lui dire quand ça n’allait pas, il en avait besoin aussi. Il y a eu un épisode où Martin était assez malade, il a été hospitalisé pendant quatre jours, et bien je lui ai tout raconté. Je n’’allais pas lui cacher. Mais ça ne l’empêchait pas se concentrer parce qu’il me faisait confiance, il savait que j’allais y arriver, que j’avais mes parents avec moi. J’avais besoin qu’il sache quand ça n’allait pas, pas pour le faire culpabiliser mais parce que quand on est mariés on doit être vrai l’un envers l’autre.

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Qu’est ce que tu dirais à une future femme de militaire angoissée qui se demande si elle est faite pour cette vie?

Je lui dirais que les questions qu’il faut qu’elle se pose ne concernent pas forcément le métier de son amoureux mais d’abord le couple, la relation. Si on sent que la confiance et la communication sont là, après on peut se demander si on l’aime assez pour le suivre dans son choix. Les difficultés viendront, mais on les surmontera quand même. Je pense qu’il faut savoir se faire confiance, faire confiance à son amoureux, et parler de toutes les craintes. Savoir ce que l’on est prêt à accepter ou pas.  

En ce qui concerne Martin, comment as-tu géré l’absence de son papa? Est ce que tu as mis des choses en place pour lui parler régulièrement de lui ? 

Ce qui était bizarre c’est que Martin était tout petit. Il ne se souvenait pas de son papa, il avait 2 mois et demi quand il est parti. Je savais que j’étais la seule figure parentale pour lui, et même si je lui parlais de son papa, comment être sure qu’un si petit bébé se rend compte de ce que l’on lui dit? Je lui en parlais, je lui montrais des photos, parfois je lui montrais son papa par Whats’app, il faisait un petit sourire, mais bon. J’ai eu la chance qu’Emmanuel soit là pour l’accouchement et les premières semaines ce qui n’est pas toujours le cas. Il n’a pas eu son congé paternité tout de suite, mais il était quand même présent, et c’était bien parce que les premières semaines, femme de militaire ou non, ne sont vraiment pas faciles!

Ce que je peux raconter c’est le retour d’Emmanuel. Je ne savais pas du tout comment Martin allait réagir. Les dernières semaines, les derniers jours, j’avais l’impression d’être une corde en train de craquer. Je m’attendais à tout lâcher quand Emmanuel allait rentrer, sauf que je pouvais pas tout lui déléguer d’un coup, parce que Martin était perdu si je ne m’occupais pas de lui. Ça été dur de me dire qu’Emmanuel reprendrait son rôle de papa très progressivement. Maintenant c’est bon au bout d’un mois mais il a fallu que Martin s’habitue à lui, à sa voix, à l’avoir tout le temps à la maison, tout le temps avec moi. Emmanuel a du s’adapter à un Martin qui n’est plus un bébé de 2 mois, qui a son tempérament, son caractère, ses habitudes et son rythme. C’était un peu bancal au début. J’étais coincée entre « super Emmanuel va pouvoir s’en occuper » et « non ce n’est pas comme ça qu’il faut faire »

Raconte moi la réaction de Martin au retour de son papa 

En fait je n’étais pas là! Emmanuel est rentré dans la nuit et le lendemain matin c’est lui qui est allé le lever quand je dormais encore. Je n’ai pas vraiment vu la réaction de Martin, mais d’après ce que m’a raconté Emmanuel il l’a regardé un peu de travers, il n’a pas pleuré, il a été sage mais il avait l’air de se demander où j’étais. Au début il le regardait avec beaucoup d’interrogation, c’était marrant, il avait l’air de se dire « la voix me dit vaguement quelque chose mais je ne sais plus trop, maman a l’air de bien le connaitre… »

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En tant que femme, le fait que ton mari soit militaire t’a-t-il fait évoluer? 

Pendant 4 mois j’ai été responsable de notre foyer. J’ai un parcours professionnel un peu pauvre, je n’ai pas beaucoup travaillé, donc j’avais le sentiment de ne servir à rien. Dans la société quand on n’a pas de travail on n’est pas considéré. Et je pense que d’avoir eu à ma charge mon foyer, ma famille, mon fils, les comptes pendant 4 mois, et le fait qu’Emmanuel me fasse confiance pour tout ça, ça m’a valorisée. Je me suis dit que je pouvais être utile. J’ai une confiance en moi très pauvre, et ça m’a fait grandir, ça m’a fait me rendre compte que j’avais de la valeur, que j’étais utile, et que de façon indirecte je servais aussi la patrie : en contribuant au bien-être de mon mari je fais en sorte qu’il fasse bien son travail.

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En quoi le mariage, le fait d’être avec un militaire et la maternité ont changé quelque chose dans ta féminité? 

Ce sont trois choses différentes. En ce qui concerne le fait d’être femme de miliaire, je dirais que ça m’oblige à me faire confiance et à grandir.

Le fait d’être mariée a beaucoup changé ma féminité. Une femme amoureuse rayonne. J’ai bien senti que j’avais changé. J’ai beaucoup d’amis qui m’ont dit qu’être avec Emmanuel m’avait rendu le sourire. Du coup j’ai beaucoup plus confiance en moi, je me sens belle parce que je me sens aimée, attirante.. Et le fait d’être mariée apporte une sécurité dans le couple. Avant il y avait toujours la question de savoir si on allait finir ensemble, s’il voudrait me quitter un jour…  Là on est mariés pour la vie, on ne se pose pas la question. 

Et enfin être maman change énormément de choses, c’est très ambivalent. Pendant la grossesse je me sentais pleinement femme. Je sais que c’est plus ou moins difficile selon les mamans, mais ma grossesse s’est très bien passé. Je voyais mon corps changer, mais il changeait pour un autre alors c’était bien. C’est après la grossesse que ma féminité en a pris un coup; certes j’étais pleinement femme, pleinement mère, mais je me regardais dans le miroir et je me disais « mon corps ne sera plus jamais le même, je n’aurai plus mon corps de jeune fille ». C’est quelque chose qui a été très difficile pour moi. J’ai eu de la chance, j’ai retrouvé ma ligne assez vite, mais la grossesse laisse des séquelles sur le corps. Avant je ne faisais pas du tout de sport, ça m’a donné envie d’en faire, pas forcément pour retrouver ma ligne mais pour retrouver ma forme. La maternité m’a donné cette volonté de me bouger. Avant je n’avais tellement pas confiance en moi que j’avais l’impression que je n’allais pas y arriver. Avec la maternité j’ai perdu cette lassitude que j’avais avant quand j’étais ado. J’ai gagné en ténacité, en tonus, parce que je me dis que maintenant ma vie est aussi pour une autre personne. J’étais beaucoup tournée vers le passé, vers le regret, et maintenant je suis beaucoup plus tournée vers l’avenir.camille bavarde les etinc'elles 2.png

Merci pour ces mots pleins d’espérance et de joie ! Maintenant, je vais te poser les trois questions qui clôturent chacune de mes interviews.

Pour toi quelle est l’essence de la féminité? 

Je pense que l’on est pleinement femme quand on se connait vraiment, que l’on connait son corps, son psychisme et son cycle. C’est très important de savoir comment on fonctionne et d’accepter cette vulnérabilité qui nous est propre, parce qu’elle est belle. On voit bien que les femmes aujourd’hui n’assument plus d’être des femmes, d’être sensibles, alors que c’est ce qui fait notre force. On croit trop qu’être sensible c’est une faiblesse. Et le propre de la femme c’est aussi cette capacité d’accueil de l’autre.

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Pour toi quel est le rôle des femmes aujourd’hui ? 

Je pense que l’on a chacune une part unique à apporter parce que l’on est toutes différentes. On a une part à apporter à la société par notre capacité d’accueil, a un rôle très important, c’est évident : apporter un peu plus de sensibilité, de douceur, d’écoute… faire grandir l’homme aussi. On est un socle. Dans le premier épître de Saint Pierre on peut lire « Femmes, soyez soumises à vos maris », et cette parole est souvent mal interprétée, mais le vrai sens de la soumission, c’est d’être un socle. Et le socle est tout aussi important que la tête. Le rôle et la dignité de la femme et de l’homme sont égaux mais très différents. D’ailleurs plus loin, Saint Pierre ajoute : « vous les maris (…) accordez à vos femmes leur part d’honneur, comme cohéritière de la grâce de Vie ».

Qu’est ce que tu dirais à l’ado que tu étais à 15 ans ? 

Pour plein de raisons personnelles, quand j’avais 15 ans je n’étais pas heureuse du tout. Je lui dirais de ne pas hésiter à être elle-même, d’avoir confiance en ce qu’elle est, en ce à quoi elle aspire. De ne surtout pas arrêter d’espérer. De s’accrocher à la foi, parce que ça va beaucoup l’aider. De ne pas s’inquiéter, parce ce que tout va bien se passer, de se faire confiance et de faire confiance aux autres. De rester elle-même parce que c’est comme ça qu’elle va rencontrer et séduire l’homme de sa vie. 

MERCI Tiphaine pour ces mots si honnêtes, pour ton témoignage précieux, pour le courage que tu donneras, j’en suis sure, aux femmes qui te lisent. Merci de nous avoir livré toutes ces difficultés sans les édulcorer, mais surtout de nous avoir montré ce que l’armée peut avoir de positif, et à quel point l’amour peut tout. Merci pour ta confiance ❤ 

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