Les Etinc’elles #5 : Maylis « Si on ne sort pas de sa zone de confort on ne pourra jamais avoir autre chose que ce que l’on a toujours eu. »

Bonjour  à toutes !

Aujourd’hui je vous retrouve pour vous faire découvrir Maylis, créatrice du blog Stella Paris, du compte Instagram associé, ainsi que du compte Instagram @viezerodechet qui vous donne plein de petites astuces pour maitriser et réduire votre impact sur notre belle planète!

J’ai moi-même contacté Maylis pour l’interview car je savais qu’elle avait effectué une transition de vie que j’admire beaucoup : après plusieurs années d’une vie parisienne avec un travail très prenant qui l’a menée au burn-out et qui manquait de sens à ses yeux, Maylis a décidé de se reconvertir et de partir vivre au Pays Basque loin de ses repères, pour vivre une vivre plus en phase avec ses aspirations. Cette transition, beaucoup de citadins en rêvent et pourtant peu le font vraiment. Alors à vous tous qui rêvez de changer de vie, j’espère que les mots inspirants de Maylis sauront vous donner des ailes ! Où devrais-je dire, j’espère que son Étinc’elle mettra le feu à vos projets…  Quoi?? Trop de métaphores vous trouvez?? Je ne suis pas d’accord 😉

Bonne lecture !

 

Bonjour Maylis ! Raconte-nous qui tu es !

Je m’appelle Maylis, j’ai 32 ans. Je suis née à Paris, d’origine Bretonne et l’aînée de 5 enfants. Après avoir travaillé 10 ans à Paris dans la communication et le marketing digital j’ai pris la décision il y a un an et demi de partir habiter au Pays Basque pour vivre une vie plus simple et minimaliste. J’ai emménagé avec mon copain depuis quelques mois, et je suis actuellement une formation à Paris un week-end par mois pour devenir psychopraticienne. En parallèle je travaille en free-lance comme consultante en communication, spécialement en digital et réseaux sociaux et je propose aussi des ateliers et du coaching zéro déchet !

© Marie-Paola Bertrand-Hillion

© Marie-Paola Bertrand-Hillion

Raconte-moi un peu ton parcours professionnel. 

Quand j’ai passé le BAC je n’avais pas d’idée précise de ce que je voulais faire, mais devenir psychologue était une des idées qui me tentait le plus. J’ai passé le concours de Psycho Prat’, une école de psycho, mais j’ai manqué l’oral sans doute parce que j’étais assez timide à l’époque. J’étais une bonne élève aussi j’ai fait une prépa littéraire (hypokhâgne-Khâgne) puis une licence de lettres. Je voulais travailler dans l’édition du coup j’ai fait Audencia pour sa spécialisation en management culturel. C’était le parcours parfait, je sentais bien que tout mon entourage « validait » ces choix. Après mes études j’ai travaillé deux ans dans l’édition puis je me suis rendu compte qu’il y avait peu de budget et de boulot dans ce secteur. J’avais un emprunt étudiant à rembourser et j’ai accepté un poste de conseil en management.

A ce moment-là j’étais déjà à fond sur mon blog  (de mode surtout) et les réseaux sociaux… Les débuts de la blogosphère c’était vraiment très sympa. Il y a 10 ans c’était bonne ambiance, il y avait peu de monde, on se connaissait tous… Il y avait beaucoup d’entraide, pas de course aux likes… Un super esprit. J’ai rencontré parmi mes meilleurs amis de maintenant grâce au blog qui prenait beaucoup de place dans la vie. C’était des gens avec qui je pouvais échanger, avec qui j’étais sur la même longueur d’onde, il n’y avait pas d’argent en jeu. On se retrouvait aux events, on se commentait mutuellement nos blogs etc.

Grâce à mon blog et aussi parce que j’ai toujours été très curieuse et early adopter j’ai acquis une expertise assez importante sur les réseaux sociaux et le digital, à une époque où personne n’apprenait encore ça dans les écoles et les universités. J’ai poussé mes boites à créer un blog, créer des pages Facebook… Et c’est comme ça que le digital est devenu mon métier. J’ai travaillé chez un média dédié aux jeunes que j’ai vite quitté parce que l’éthique de la boite ne me plaisait pas, puis j’ai été embauchée dans une agence de communication dans laquelle je suis restée 3 ans, j’étais experte en digital pour un client international, et j’adorais ça. Je bossais comme une folle. Le digital c’est génial mais c’est non-stop. Quand on est community manager de très grosses pages on ne s’arrête jamais, on travaille en continu. Je travaillais tous les jours jusqu’à minuit, même le week-end. Quand j’étais en balade en forêt le dimanche, parfois c’était la panique, je ne captais plus, je ne pouvais plus communiquer en temps réel des résultats sportifs pour mon client. Evidemment mon entourage ne comprenait pas.

Ça devait être un rythme épuisant !

C’était devenu un rythme complètement effréné où je ne m’arrêtais jamais. Il y a eu des gros changements dans l’agence et j’ai repris petit à petit beaucoup de clients de mes collègues du digital qui partaient. Ma charge augmentait, j’étais en nocturne tous les soirs au travail. Et puis ça a fini par être vraiment trop, un jour mon corps a lâché ! Le week-end je ne faisais plus rien parce que j’étais crevée. Je dormais très longtemps, je n’avais plus la motivation de voir mes amis…mais je ne voyais pas vraiment le problème. Puis en 2016 lors de la visite habituelle à la médecine du travail ils m’ont dit que mon état était déplorable, que j’avais une très mauvaise tension et que je devais vraiment faire une vraie pause avant que mon corps ne me lâche complètement. Ça a été une énorme remise en question. Je l’ai très mal vécu parce que c’était très dur de se couper des équipes avec lesquelles je travaillais. Quand on passe sa vie au boulot, les collègues c’est comme une grande famille. Je vivais très mal cette impression de les abandonner. En plus c’est très tabou d’être arrêté au travail, alors personne ne prenait de mes nouvelles. J’ai donc été arrêtée trois mois.

camille bavarde les etinc'elles

© Prasannah

Comment as-tu vécu ces trois mois d’arrêt ? 

J’ai profité de ces trois mois pour réfléchir, pour apprendre à vivre plus lentement, ce que je ne savais pas faire du tout. Avec le travail, le blog, mes amis, je me couchais à 2h, le matin je filais au boulot et les journées s’enchainaient. Alors au début de l’arrêt je continuais de faire plein de choses, de réparer des trucs dans l’appartement, de rattraper l’admin en retard… Mais ma psy me disait non, stop votre cerveau a besoin d’un vrai off ! Il fallait que je fasse une pause. Elle me proposait de regarder la télé, de cuisiner, de faire des choses me demandant moins de réflexion. Je me suis rendue compte que mon rythme de vie était beaucoup trop speed. J’étais en stress permanent et complètement accro à l’adrénaline de cette hyper activité.

Comment t’es-tu décidée à partir de Paris ? 

Ça faisait un moment que j’avais cette idée en tête, avant j’étais en couple et on voulait quitter Paris. Fin 2015 on s’est séparés et du coup le projet de quitter Paris est tombé à l’eau. Je ne voulais pas partir seule tout de suite, et puis j’avais besoin de me recentrer sur mes amis qui étaient à Paris pour reprendre du poil de la bête. J’ai donc accepté un nouveau travail dans une nouvelle agence de communication parce je voulais pouvoir démissionner de mon job précédent, un très gros job, intéressant et je l’espérais moins à la merci des clients.  Cependant, très vite, dans ce nouveau boulot, je ne me suis pas sentie à ma place. Après cette pause salutaire j’avais réfléchi, et éthiquement je vivais mal le monde de l’entreprise, et de la communication souvent vides de sens : le gâchis, les industriels, les grands pollueurs, le green washing, ceux qui font travailler les gens dans de mauvaises conditions, la crise du management. Et puis le marketing est partout, avec le temps, c’est devenu un cauchemar pour moi de faire mes courses dans les au supermarché parce que je connais toutes les techniques marketing : les promos, les typos, les choix de visuels et de texte. Mon cerveau était en permanence sollicité et j’analysais toutes les publicités que je voyais ! 

Puis je suis partie deux semaines en vacances en Asie seule, un voyage dont je rêvais, trop court à mon goût. J’ai été coupée de mon univers habituel. Mais là-bas, le boulot ne m’a pas lâchée, et j’ai eu une deuxième prise de conscience. Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à vivre cette vie dont je ne voulais plus, et qu’en rentrant j’annoncerais que je pars, je chercherais du boulot et je quitterai Paris. En rentrant, j’ai effectivement cherché du boulot à fond en région, plutôt dans des grandes villes. Je trouvais assez peu d’offres, d’autant plus que j’avais beaucoup de questionnements éthiques : travailler en marketing et en communication c’est être l’image de la boite, il faut en être fier pour pouvoir la défendre. Dans ces métiers là c’est donc encore plus important d’être en phase avec son entreprise. Je posais trop de questions aux entretiens : qu’est-ce que vous faites en RSE ? Quel est le projet de l’entreprise pour le monde ? Où fabriquez-vous vos produits ? Je n’ai donc pas trouvé de job tout de suite. Et puis j’avais envie de quitter ce monde de la communication et du marketing, je voulais retourner à mon premier amour qui était l’humain, je voulais un job qui aide les gens. J’ai décidé de me lancer enfin et de reprendre mes études pour devenir psy. J’ai négocié (et cela a été très difficile et long) une rupture conventionnelle avec mon entreprise. Et comme je voulais prendre le temps de réfléchir à mon projet d’étude, je n’avais pas besoin d’aller dans une grande ville, je pouvais aller où je voulais ! J’avais bien envie de vivre au bord de l’océan. J’ai choisi le Pays Basque que je connaissais, entre mer et montagne et qui me semblait être un petit paradis pour réfléchir à mon projet. Et je suis partie avec mon camion et toutes ma vie, m’installer dans un petit appartement à 5 minutes de la plage. J’ai passé des heures au téléphone à appeler plein de psychologues, de psychothérapeutes, des sophrologues, des professionnels des métiers liés à la relation d’aide. Sur ces bons conseils, j’ai décidé de faire une formation dans une école parisienne reconnue pour devenir psychologue praticienne en analyse transactionnelle. Cette formation est à Paris et elle a lieu le week end. En parallèle j’ai cherché un boulot.

camille bavarde les etinc'elles

Comment t’es-tu intéressée au zéro déchet ?

Pendant mes trois mois d’arrêt j’ai regardé beaucoup de documentaires, sachant que je m’intéressais déjà au zéro déchet depuis 2015 et que j’en parlais régulièrement sur mon blog. Depuis l’enfance, j’ai toujours été branchée friperie, récupération… Et en regardant des documentaires comme The True Cost ou Minimalisme je me suis rendu compte que nos actes d’achats, en particulier de fast fashion avaient un impact immense sur la planète et sur les humains. L’industrie de la mode est extrêmement polluante. De plus j’avais beaucoup accumulé et j’ai eu envie de plus de simplicité et de minimalisme. J’avais toujours fait du tri, donné et vendu des vêtements mais j’avais trop de choses. J’ai décidé de désencombrer et en 2016 j’ai totalement arrêté d’acheter pendant 2 ans. Vous connaissez le défi rien de neuf ? Je l’ai fait avant qu’on en parle. C’est un vrai changement de paradigme. Il y a un circuit de la récompense avec le shopping qui vient combler des besoins, et je ne pouvais plus compter dessus. C’était d’autant plus difficile que la pression sociale en agence pour être bien habillée (avec du neuf, à la mode) est assez importante. J’ai donc appris à me réapproprier mes vêtements, j’ai fait venir une couturière pour faire réparer quelques vêtements, les ajuster… J’ai aussi commencé le zéro déchet. Au début il n’y avait pas énormément d’épiceries en vrac, il fallait aller loin… et à Paris on n’a pas de voiture donc se trimballer avec tous ses contenants n’est pas évident ! Je n’ai pas tout fait du jour au lendemain, déjà parce que c’est très long de vider les stocks. Au début mes poubelles étaient plus grosses qu’avant parce que je voulais finir plein de choses. Je voulais faire installer un composteur dans l’immeuble mais il fallait que tous les locataires soient d’accord…et je n’ai pas réussi, tout le monde s’en fichait. J’ai lu le livre de Béa Johnson, la papesse du Zéro Déchet, j’ai regardé des documentaires, j’étais très motivée ! Il y a un aussi côté très motivant parce que c’est très joli dans les placards, et reposant, pour moi qui ne supportais plus le marketing. 

camille bavarde les etinc'elles

© Maylis Pichon

La première étape c’est évidemment de consommer moins, donc se demander ce que l’on a chez soi, et réduire au maximum tous les achats, il faut aussi refuser les prospectus, les produits gratuits, en suite …Ensuite il faut réutiliser ce qu’on a déjà (comme les bocaux du supermarché, les vêtements qu’on a ou d’occasion), recycler bien sûr et composter le reste. Ce sont des bonnes habitudes à prendre. J’en ai toujours parlé à mon entourage mais avec bienveillance, sans faire la morale : au boulot j’amenais toujours mes petites gamelles zéro déchet : j’étais effarée de la taille des poubelles au boulot après la pause déjeuner avec tous ces emballages. Au début j’étais la seule de mon équipe et à la fin il y en avait 3 ou 4 qui le faisaient parce que c’est économique et écologique, et délicieux quand on aime cuisiner. L’important c’est de montrer par l’exemple au lieu de faire la morale. Depuis quelques mois j’ai même créé un compte Instagram qui a de plus en plus de succès pour partager mes conseils sur le Zéro Déchet et même un site internet !

Depuis que je suis au Pays Basque j’ai eu plusieurs demandes de personnes qui me demandaient du coaching pour réduire leurs déchets, surtout des particuliers. Du coup j’organise un atelier à la rentrée. Il y a aussi peut-être un potentiel professionnel pour les entreprises, je mets donc mon énergie dans tous ces projets, mais je garde en tête que ma priorité c’est la formation pour devenir psy. Je viens de valider mon mémoire de première année et j’en suis super heureuse ! Quel plaisir d’étudier une matière pour laquelle on est passionné, c’est très stimulant intellectuellement. J’en ai pour plusieurs années d’études (4 encore) donc c’est pour ça que je réfléchis à des options professionnelles alternatives en attendant de pouvoir ouvrir mon cabinet.

Quelles ont été les difficultés à ton départ de Paris ?

Je n’ai pas envie de donner une vision comme quoi c’est tout rose et facile de quitter Paris. Déjà il a fallu gérer la réaction des gens : ma famille était assez inquiète mais dès qu’ils ont senti que j’étais sûre de mon projet je n’ai eu que du soutien et de la confiance. Dans mes amis, il y avait une partie qui disait « oh trop de chance moi aussi j’aimerais trop faire ça mais c’est compliqué » et d’autres qui ne comprennent pas du tout et qui me demandent encore quand je rentre ! Certains voient les régions de France uniquement comme un lieu de vacances ou mon départ comme une parenthèse. Bien sûr ils me manquent mais je ne suis pas partie en vacances. 

Ensuite au niveau du monde du travail, tous les jobs de mon secteur sont à Paris, et surtout ici tout se fait par réseau, donc je ne vais pas te mentir, c’est difficile. Quand j’envoie une candidature, j’ai rarement de réponse. Cela fait bizarre quand on n’a quasiment jamais eu à chercher du travail et que l’on s’est toujours contenté de répondre aux gens qui nous contactaient sur Linkedin ou aux chasseurs de tête. A paris j’ai toujours été recrutée pour mon expérience et mes compétences. Là il faut faire du réseau, se faire recommander, connaître du monde. On embauche le cousin de quelqu’un, le fils d’un client etc. … Les salaires sont très bas par rapport à Paris. En 1 an et 4 mois on ne m’a pas encore proposé de job avec un salaire supérieur à celui que j’avais à ma sortie d’école il y a 10 ans, et ça c’est parfois décourageant. Alors on dit que la vie est moins chère en région mais je ne l’ai pas remarqué plus que ça au Pays Basque! On est mieux logé c’est vrai, mais la nourriture, les restaurants c’est le même prix, les loyers sont un peu moins chers mais ce n’est pas non plus flagrant ! Quand je suis arrivée, je payais 700 euros pour un deux pièces à Biarritz par exemple, mais l’immobilier est moins cher dans les terres heureusement. Quand je suis arrivée je n’avais pas de voiture mais ici c’est impossible de ne pas en avoir, pour avoir un bus parfois il faut attendre 20 minutes, parfois plus d’une heure, et très souvent il n’y en a pas du tout. Je me suis donc acheté une petite voiture ce qui coûte très cher. La voiture représente un budget très important et indispensable pour tout le monde ici (emprunt, leasing, entretien, carburant). Maintenant j’habite avec mon compagnon un peu plus dans les terres et on doit prendre la voiture pour tout. Avant j’étais super écolo à souhaiter moins de pollution par la voiture, Mais ce n’est pas si simple en région, c’est même simplement impossible, les réseaux de transports ne sont vraiment pas à la hauteur et les distances trop longues pour tout faire en vélo. 

C’est un peu délicat d’en parler ainsi mais une chose m’a frappée ici, c’est le manque d’ouverture par rapport à Paris, où les gens me semblaient plus tolérants, plus ouverts (pas tous !). Je ne veux pas faire de généralités mais je sens quand même plus de racisme, d‘homophobie, de sexisme. Il n’y a pas beaucoup d’étrangers et quand il y en a, on sent une certaine méfiance. Une amie me confiait récemment qu’il n’y a aucun étranger dans son entreprise de 200 personnes, que des locaux nés au pays !

J’ai aussi découvert la vie de village. J’habite dans un chemin avec quelques maisons, et ici tout le monde sait tout sur tout : nos horaires de levers, de coucher, si on a de la visite. Dans une grande ville on est un peu protégé par cet immense anonymat. Ici le monde est plus petit, quand j’ai emménagé avec mon compagnon tout le monde était au courant tout de suite ! 

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© Marion Patoir

En même temps ça doit avoir un côté plus humain que dans les grandes villes ?

Ah oui il y a d’excellents côtés ! On invite nos voisins à dîner, on va diner chez eux, quand on a besoin d’un outil on va leur demander, quand mon voisin n’était pas là il a été inondé et mon compagnon est allé vider sa cave…Mon voisin m’a aussi aidée à démarrer ma vieille petite voiture dont la batterie était en panne. Bon après il y aussi des petites guerres de voisinage dont je ne me mêle pas, mais il y a beaucoup d’entraide, de partage. On s’échange fruits et légumes, il y a des animations au village, on connait les petits producteurs… Et puis surtout on prend le temps. Du coup je connais tous les magasins qui font du vrac dans la région. Je fais mon potager, et je passe des heures à cuisiner, la meilleure solution pour moi pour déconnecter.

Est-ce que certaines choses ont été plus faciles que ce que tu pensais ?

Ce qui est facile c’est de se faire au calme de cette nouvelle vie. Je pensais que Paris allait vraiment me manquer. La première fois que je suis repassée à Paris je me suis sentie oppressée et je me suis dit que j’avais vraiment bien fait de partir. Je me suis fait à cette vie plus lente. Mes amis me manquent quand même, même si se faire des relations ici a été assez facile. Je me suis fait des amis assez vite, grâce au blog et aux réseaux sociaux notamment. Mais ce ne sont pas vraiment des locaux, les Basques restent entre eux. Ma formation me permet de me faire un petit shot de copains et d’agitation parisienne de temps en temps et cela me suffit.

Enfin le fait de quitter Paris m’a permis de trouver l’amour et ça ce n’est pas rien. À Paris dans une vie à 1000 à l’heure, je rencontrais plein de monde, j’avais des relations mais personne n’était disposé à s’accorder du temps, et je m’y inclus. J’avais envie de rencontrer quelqu’un de bien, mais je n’avais que peu de temps à y accorder et personne ne me plaisait vraiment.  Avec mon compagnon, on s’est rencontré quand je suis arrivée en mars, on a fait un date Tinder, tout simplement ! On a bu des verres, testé des restaus pendant des mois de manière amicale, et on est sortis ensemble seulement en août ! Je n’avais jamais pris autant de temps avec quelqu’un avant de commencer une relation ! Et surtout je ne suis pas certaine que j’aurais pu le rencontrer à Paris, on vient de cercles vraiment différents. Je n’aurais jamais eu l’occasion de le découvrir si nous étions à Paris et je pense que notre histoire n’aurait pas eu lieu car il y avait aucune chance que je rencontre une personne comme lui à Paris, avec pourtant exactement les mêmes aspirations que moi, mais un background différent en terme d’étude et évidemment de lieu de vie. J’avais envie de fonder un jour une famille, et pour ça je souhaitais rencontrer quelqu’un avec qui j’étais en phase sur pas mal de choses et à Paris je ne rencontrais personne qui me plaisait sur tous les fronts et qui voulait la même chose que moi. Mais j’avais peu de temps à accorder, je n’étais pas très dispo, je ne donnais peut-être pas assez la chance à certaines personnes. Partir de Paris m’a permis de prendre ce temps et de découvrir une personne merveilleuse avec qui je me projette. 

camille bavarde les etinc'elles

© Maylis Pichon

Que dirais-tu à toutes ces personnes qui rêvent de sauter ce pas mais qui n’osent pas ?

Déjà on n’a qu’une vie, le temps passe donc il faut y aller. Oubliez vos peurs et la pression sociale, préparez-vous.  Ensuite, on se débrouille toujours. Financièrement c’est un peu la galère, j’ai le chômage pour quelques temps, mais j’ai aussi fait des petits boulots, gardé des enfants, fait du bar ; du freelance. Ce n’est pas évident quand on avait un gros poste à responsabilités. Mais on n’est pas seul au monde, on peut se faire aider, discuter… Si on ne sort pas de sa zone de confort on ne pourra jamais avoir autre chose que ce que l’on a toujours eu. Choisir sa vie demande quelques sacrifices mais je ne les regrette pour rien au monde.  Ensuite il ne faut pas avoir peur de partir seule. C’est génial de le faire à 2 j’imagine que ça doit être plus rassurant mais même en étant seule on trouve du monde sur place, on rencontre des gens, c’est presque plus facile. Si vous avez envie de faire le tour du monde tout seul faites-le ! J’ai une copine qui fait le tour du monde depuis trois ans, ce n’est pas toujours facile mais c’est une aventure incroyable ! Suivez les bonnes personnes sur les réseaux sociaux, des personnes inspirantes qui ont une bonne influence, qui ne rendent pas envieux mais qui donnent envie de sortir, de visiter, de se dépasser, qui vous apprennent des choses. Documentez-vous. Il y a trop de personnes peu curieuses qui ne se posent pas de questions, par exemple comment sont fabriqués les vêtements que je porte, d’où vient la nourriture que je mange, dans quelles conditions les animaux que je mange ont été élevés, comment sont extraits les composants de mon smartphone et comment sera-t-il recyclé ?  Est-ce bon et juste ?. Posez-vous des questions, c’est important d’avoir une vision consciente de notre impact sur le monde.

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Et si vous avez envie de quitter paris, faites-le. Ne vous dites pas que c’est compliqué parce que vous venez de commencer une carrière, que vous avez des enfants, un appartement, juste faites-le ! Sans doute, vous n’aurez pas le même job ni le même salaire. Mais qu’est-ce que vous voulez vraiment ? Bosser comme un fou et avoir un bon salaire ? (ce qui est un projet de vie comme un autre je ne juge personne). Parfois on se dit qu’on fera ça quelques années et après on fera ce qu’on veut. Mais il est très difficile d’en sortir. Parfois comme pour moi c’est le corps qui lâche. J’ai une amie qui avait une très belle carrière qui a fait une crise cardiaque avant 30 ans. Cela fait réfléchir. Il ne faut pas rechercher ce que l’on avait avant. Il faut se lancer et vous trouverez les solutions. Et puis, quand on a un projet de partir quelque part il faut le dire à tout le monde, c’est une idée super motivante, comme quand on arrête de fumer. Comme ça on n’a plus le choix, le projet devient de plus en plus réel ! Dites-le à vos contacts pros, persos, avancez une date, cela risque de vous donner des ailes pour sauter dans l’inconnu !

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Je rajouterai quelques conseils simples : assurez vos arrières, négociez votre départ, économisez à l’avance pour avoir un bon matelas, gardez pourquoi pas votre job en télétravail dans un premier temps si cela vous rassure. Et quittez-votre travail la tête haute, en ayant assuré jusqu’au bout, c’est important de garder de bonnes relations.

Engagez-vous sur place ! Je fais par exemple partie d’une asso locale qui s’appelle Les Simones et on se réunit une fois par mois pour parler leadership, solidarité au féminin, ce sont de super filles, c’est comme ça que j’ai eu mon premier client local.  Et en comparant Paris et la région, 90% de mes amis à Paris étaient salariés en CDI. En arrivant ici j’ai revu tous mes préjugés. Ici tout le monde est entrepreneur, à son compte, dans une boite familiale, artisan, commerçant… Le peu de gens qui sont salariés font souvent des boulots précaires, au smic à part de rares comptables, ingénieurs ou directeurs financiers. Je me suis par exemple fait une super amie en arrivant, très vive et avec qui j’ai beaucoup d’affinités, et elle travaillait chez Lidl ! Tout le monde est en mode débrouille. Il y a vraiment deux mondes en France, Paris et le reste et je regrette que notre beau Pays soit si centralisé au niveau économique, alors même que la plupart des boulots du tertiaire, encore plus du digital, peuvent être fait de n’importe où avec un internet. Il y a vraiment du progrès à faire ! On m’a fait plusieurs propositions pour des jobs en digital à Paris où le télétravail était ultra facile mais pourtant je sentais des réticences.

camille bavarde les etinc'elles

Comme tu le sais j’aime bien parler de féminité dans mes interviews. Est-ce que tu arrives à faire un lien entre cette transition de vie et ta féminité ?

Souvent quand on pense féminité, on pense attributs féminins : les formes, le sexe, le maquillage, les vêtements. Suite à cette prise de conscience autour de mon burn out, lié en grande partie à mon perfectionnisme et mon envie de faire plaisir j’ai décidé de relâcher la pression sur ma manière de m’habiller. Je continue d’aimer la mode mais j’ai par exemple arrêté le maquillage au quotidien depuis 3 ans ce qui a été une chose importante et très bénéfique. La relation au maquillage c’est assez particulier pour beaucoup de femmes… Quand tu n’es pas maquillée on te dit « oh ça va t’as l’air fatiguée ? »… « euh non je ne suis juste pas maquillée« … Et ça ne me viendrait pas à l’idée d’aller à un entretien ou un RDV client pas maquillée et je me préoccupe toujours beaucoup trop de ma tenue, je ne suis pas encore débarrassée de ces injonctions mais je fais des progrès et je me réjouis de voir que plein de femmes se libèrent. J’aimerais bien en avoir rien à faire, mais je trouve que c’est difficile parce que j’ai l’impression de ne pas être bien apprêtée et je crois toujours que je serais jugée en premier là-dessus, et je ne me sens pas crédible. Mais j’ai quand même bien relâché la pression sur le fait d’être toujours impeccable notamment niveau manucure ou épilation, qui me coutaient une fortune. Cette énième injonction sexiste nous fait perdre un temps précieux nous les femmes et ajoute à notre charge mentale quotidienne. C’est uniquement culturel et nous sommes nombreux à trouver ces habitudes de plus en plus inutiles et injustes. En ce qui me concerne j’arrive à me dire que si ce n’est pas impeccable ce n’est pas la catastrophe, d’autant plus que je suis blonde. Et je suis prête à expliquer à ceux qui sont choqués que cela n’a rien à voir avec un manque d’hygiène, la nature ce n’est pas sale. Au contraire ce sont tous ces produits (vernis, cire, crèmes) qui sont pleine de produits cracra.

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Ensuite en passant au zéro déchet je me suis posé pas mal de questions sur les protections menstruelles. Dès 2016 j’étais à la cup, maintenant je suis un grand fan de la culotte menstruelle que je trouve très pratique. J’ai aussi découvert le flux instinctif, c’est à dire le fait d’être à l’écoute de son corps et de l’écoulement de sang, et j’ai découvert plein de choses ! Je croyais que j’avais des règles hémorragiques, que je perdais énormément de sang et je me suis rendu compte qu’on ne perd pas tant de sang que ça. J’ai appris à sentir quand l’écoulement vient.  Et j’ai réussi à faire un cycle entier de règles sans mettre de protection, la nuit aussi ! Il se trouve que la nuit on est allongée donc ça ne coule pas, et dès qu’on se lève on a 30 secondes-1minutes le temps d’aller aux toilettes. Je trouve ça très important d’être plus à l’écoute de son corps parce qu’en laissant le sang s’écouler, moi qui ai toujours eu des règles très douloureuses, j’ai eu beaucoup moins mal. Nous les femmes devons être très à l’écoute de notre corps et de notre cycle car c’est ce qui nous donne une grande force. Dans certains moments du cycle il est important de se reposer et de prendre du recul sur la vie et dans d’autre il faut profiter de cette force et cette vivacité offerte par notre cycle pour dévorer la vie à pleine dents, faire des projets, partager avec d’autres, séduire, sortir de sa zone de confort etc. La plupart des femmes connaissent assez mal leur cycle et ne savent pas en profiter ni s’écouter. J’essaye aussi d’en discuter régulièrement avec ma communauté.

camille bavarde les etinc'elles

© Prasannah

Après je ne suis pas trop pour les stéréotypes sur la féminité, et sur les genres en général, il y a plein de façons d’être femme donc j’aimerais que l’on arrête de mettre la pression aux femmes avec tous les « faut que tu sois comme ci, comme ça… » J’ai d’ailleurs trouvé beaucoup de soutien aussi chez des hommes qui se posent des questions autour du féminisme et se rendent compte que le sexisme les dessert parce que ça ne les autorise pas à être sensibles à l’écoute de leurs émotions… On a tout intérêt à ce que chacun soit à l’écoute de ses émotions. Quand les hommes arrêteront d’être des mecs forts à tout prix, peut-être qu’il y aura un peu moins de guerres, de violence… J’ai la chance de partager ma vie avec quelqu’un de très à l’écoute sur le sujet, et d’avoir un entourage amical solide de mecs et de filles bien, qui réfléchissent. Il y a toujours des hommes qui font des réflexions déplacées, et je n’hésite pas à les reprendre. J’ai vécu ce sexisme au travail, il y avait un mec comme ça qui faisait des réflexions sur les tenues au quotidien, dévalorisait notre travail en étant toujours sur le physique, des « on se retrouve tout à l’heure ma chérie« , des gestes déplacés, puis il a harcelé une de mes stagiaires en allant beaucoup plus loin. Sur le coup je ne me rendais pas compte que c’était aussi grave je l’ai sermonné mais il ne l’a pas pris au sérieux. En fait tout ceci faisait partie d’une culture ultra sexiste au travail qui autorise certains hommes à dévaloriser les femmes et cela a des incidences dans nos carrières. Avec plusieurs filles de mon ancienne boite qui m’ont contactée on s’est dit qu’il était de notre devoir de protéger les autres femmes en agissant et on l’a d

 

énoncé. Cette personne a été convoquée et remerciée, le mouvent metoo a eu un impact vraiment important pour faire changer les mentalités et je m’en réjouis, même si je suis consciente du boulot énorme qu’il reste à accomplir.

Pour toi c’est quoi l’essence de la féminité ? 

Je n’aime pas trop donner une définition, je pense que chaque femme est différente. Depuis que j’ai découvert des qualités que je croyais féminines chez des hommes je me dis que c’est dommage de priver les hommes de ces qualités ! Si l’on veut être reconnues professionnellement autrement que par notre écoute, notre bienveillance, notre gentillesse et générosité, il faut aussi donner la place aux hommes d’avoir ces qualité-là. Pour moi l’essence de la féminité c’est surtout la possibilité de maternité. Je ne suis pas maman mais le fait de pouvoir donner la vie c’est quand même magique. L’essence de la féminité c’est être régulée par un cycle. C’est très important dans nos vies de femmes parce qu’on a des pics d’émotivité, mais aussi de vie et de force qui nous rendent capables de changer le monde ! Je n’hésite pas à organiser ma vie privée et professionnelle autour de ces variations hormonales et d’humeur, à être plus indulgente envers moi-même autour de mes règles par exemple et à caler des rendez-vous professionnels lors des pics de force. Et autre chose, moi j’ai arrêté la pilule après l’avoir prise 7 ans pour régler des problèmes de douleurs. J’ai eu envie d’être en accord avec la nature et à l’écoute de mon corps et aussi de ne plus contribuer à dérégler mon corps et polluer la planète ! Arrêter la pilule a été une révélation pour moi. Quand je l’ai arrêtée ça a été le choc hormonal. Pendant 2-3 mois j’étais tout le temps de bonne humeur, la libido au top ! Et puis il y a plein d’autres moyens de se protéger, notamment en responsabilisant ces messieurs. Avec mon homme nous nous protégeons et nous avons une appli synchronisée, il connait parfois mieux les dates de mon cycle que moi-même !

camille bavarde les etinc'elles

© Henri Buffetaut

Pour toi quel est le rôle des femmes dans la société ?

Je pense que c’est un rôle assez difficile car on doit encore se battre pour avoir une certaine crédibilité. Je pense que c’est très important que les femmes soient un peu partout. Il prouvé que dans les comités de direction où il y a des femmes les décisions sont prises de façon plus raisonnée. Mais souvent les femmes qui accèdent à des postes assez hauts, en politique aussi, mettent en avant des caractéristiques « masculines » à moins qu’elles ne soient là pour faire les potiches ou remplir des quotas. Et une femme qui fait une erreur, on ne lui pardonne rien surtout en politique. Le temps de parole est plus compliqué pour les femmes, on se fait plus souvent couper la parole, on a plus peur de déranger, de passer pour des hystériques ou des salopes… Il faut qu’on éduque nos petites filles à s’engager, à faire des carrières, mais surtout que l’on éduque nos petits garçons à la bienveillance, à être à l’écoute de leurs émotions, à ne pas avoir peur des femmes, à ne pas dire que quand une femme est de mauvaise humeur elle est hystérique ou qu’elle a ses règles, à ne pas voir les femmes comme un être à séduire mais plus comme une alliée… Ce travail se fera en une ou deux générations, j’essaye d’y travailler à mon petit niveau avec les réseaux sociaux. Il faut aussi que le rapport soit plus équilibré entre carrière et maternité et que les hommes aient des congés paternité plus longs pour être plus engagés dans la vie familiale, beaucoup d’hommes de battent aussi pour ça.

pour l'avancement et (18) - copie 4

Que dirais-tu à la jeune fille de 15 ans que tu étais ?

« Tu n’as pas besoin d’être gentille pour être aimée« . J’ai été élevée dans une famille de bisounours, et du coup je n’étais pas vraiment prête pour le monde extérieur ! Je n’ai pas appris à dire non. Je croyais que si je disais oui à tout le monde, tout le monde allait m’aimer ! Et c’est un peu ce qui s’est passé, mais à mes dépends. Je lui dirais qu’elle n’a pas besoin de dire oui à tous les gens qui veulent te faire travailler, car parfois c’est dans de mauvaises conditions, que je ne serais pas respectée, que je risque de me perdre. Qu’elle n’a pas besoin de dire oui à tous les gens qui t’invitent à des trucs (avec le blog c’était vraiment la folie), à tous les garçons qui veulent sortir avec elle. Je me suis mis une pression de fou pour plaire et rassurer mes parents. Mais finalement je me rends compte que quand je fais quelque chose d’un peu différent tout se passe bien et je suis plus moi-même ! On fait beaucoup de choix quand on est ados ou au début des études dans le but de rassurer son entourage, et on a beaucoup de pression pour les études alors que ce n’est pas forcément le secret du bonheur. Le secret du bonheur c’est d’être en accord avec soi-même.

Merci Maylis pour le temps que tu m’as accordé et pour nous avoir livré un peu de toi! 

A très vite… pour une nouvelle Etinc’elle ! ❤

camille bavarde els etinc'elles

© Henri Buffetaut

Copyrights : 

Marie-Paola Bertrand Hillion : http://www.mademoiselle-marie.fr/
Marion Patoir : https://miaritz.com/

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