Les Etinc’elles #10 : Mahaut « J’ai appris à être femme autrement que par la maternité »

Bonjour à toutes !

J’espère que vous avez passé de belles vacances de la Toussaint. Aujourd’hui est un dimanche pluvieux, l’occasion rêvée pour se caler dans le canapé avec des grosses chaussettes et pour se plonger dans la lecture d’une nouvelle Etinc’elle, la 10eme de la série pour être exacte…

Aujourd’hui je vous présente le témoignage de Mahaut, au sujet de ce qui est malheureusement trop considéré comme tabou malgré le nombre de couples touchés.

Quand un couple se projette parents et rêve de voir son amour se concrétiser par la naissance d’un bébé, quand une femme voit en la maternité la plus belle expression de sa féminité, que faire de la souffrance de ne pas voir cet enfant arriver? Il faut alors tenter d’apaiser cette douleur, trouver la force de patienter, s’épanouir autrement en tant que femme et homme mais aussi en tant que couple.

Ce que l’histoire de Mahaut nous apprend, c’est que souvent cela ne se passe pas comme on l’avait prévu. Aujourd’hui après 4 ans d’attente, Mahaut et son mari Pierre-Luc attendent un petit bébé prévu pour très bientôt. Mahaut m’a tout raconté : l’attente, l’Espérance, la colère, les médecins, les autres, l’Amour. Je vous laisse découvrir son histoire.

Bonjour Mahaut ! Raconte-moi qui tu es !

Je m’appelle Mahaut Radenac et je suis mariée à Pierre-Luc qui est pompier de Paris. J’ai fait des études d’humanitaire mais je me suis reconvertie en prof d’allemand, et à mes heures perdues je fais de la photo. On vient tous les deux de grandes familles nombreuses et on attend un petit bébé pour le mois de novembre, après presque 4 ans d’attente ! 

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© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

Est-ce que tu peux me raconter votre histoire avec ton mari ? 

On s’est rencontrés en 2012, on était tous les deux secouristes à l’ordre de Malte, moi à Lyon et lui à Paris. A l’époque j’avais 20 ans, j’étais en khâgne, il avait 18 ans et passait le BAC. En septembre j’ai débarqué à Paris pour ma licence et je me suis fait mon noyau d’amis grâce à l’Ordre de Malte. C’est le moment où les manifs pour tous ont commencé, on s’est un peu rapprochés parce qu’on était dans le même groupe d’amis. 

On se revoyait régulièrement lors des manifestations (qui avaient lieu tous les soirs à l’époque), et on s’est rendu compte que malgré ça on arrivait encore à s’appeler pendant 2h pour continuer à refaire le monde. Dans un premier temps, après s’être mutuellement avoué nos sentiments on a décidé de rester amis tout en ayant ce « secret ». Notre relation a donc mis plusieurs mois à se mettre en place… Et on ne l’a pas dit à nos amis tout de suite, on voulait garder ça pour nous ! 

Il m’a demandée en mariage un an après, en mai 2014, à un pélerinage, pendant une adoration. C’était magnifique ! Pour mes parents c’était assez évident qu’il fallait qu’on prenne un peu de recul en s’éloignant géographiquement, pour une meilleure réflexion du fait de notre jeune âge. Alors je suis partie deux mois et demi en humanitaire en Inde, de juin à août. On s’est fiancés en octobre et mariés en août. 

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A ce moment-là tu te projetais déjà maman ? 

Oui, j’ai toujours été très proche de mes neveux et nièces, lors de mon mariage j’en avais déjà 17 ! Je me suis toujours beaucoup occupé d’eux, et lui aussi de ses neveux et nièces. Pour notre entourage ça ne faisait aucun doute qu’on aurait un enfant tout de suite, il y avait même eu des paris à notre mariage pour deviner si notre premier enfant arriverait au bout de 9, 10 ou 11 mois… On rêvait d’un bébé tout de suite et la première fois que j’ai eu mes règles on a eu une première déception. Oui on est quand même 2 impatients. On vient de familles où les enfants arrivent tout de suite.  Au bout de 6 mois on est allés voir un médecin, qui nous a dit de ne pas nous inquiéter mais qui nous a fait faire quelques prises de sang. Notre premier anniversaire de mariage a été un peu difficile, on était au Vietnam et on s’est engueulés parce que ce jour là j’ai su une fois de plus que je n’étais pas enceinte. 

Comment cela s’est-il passé d’un point de vue médical ?

J’ai eu plusieurs interventions médicales. J’ai eu plein d’examens, notamment 3 examens très douloureux qui s’appellent des hystérosalpingographies, c’est une radio des trompes lors de laquelle on injecte un liquide qui provoque des douleurs de règles. Ce qui était frustrant c’est que dès que l’on faisait un examen on nous disait « cette fois c’était la bonne », mais malgré cela ça ne fonctionnait pas et on était déçus.

Ensuite on a découvert la naprotechnologie. C’est une assistance médicale à la procréation qui est fidèle à la doctrine sociale de l’Eglise, qui respecte pleinement le cadre éthique que nous nous étions fixé. Par exemple, ils ne feront pas faire de FIV, ils ne feront pas faire de diagnostic prénatal de la trisomie 21 Cela respecte le fonctionnement du corps de l’homme et de la femme et recherche beaucoup plus de choses, chez l’homme comme chez la femme, que la médecine classique ne recherche pas forcément. 

Par exemple les doses de stimulations hormonales sont beaucoup plus faibles que dans la PMA classique : au lieu de sur-stimuler, la naprotechnologie stimule juste comme il faut, pour arriver à un taux hormonal similaire à ce que l’on trouve dans la nature. Et puis cela mesure des choses que la médecine classique ne mesure pas. Par exemple il s’est avéré que j’ai une légère insulinorésistance, c’est à dire que quand je mange du sucre mon corps produit beaucoup d’insuline. Cela explique une prise de poids, mais également un déséquilibre hormonal ; l’insuline étant une hormone, si elle prend trop de place elle empêche les autres hormones d’être présentes en quantité suffisante. J’avais donc un déséquilibre hormonal qui s’est rétabli en réduisant ma consommation de sucre et avec des médicaments. 

L’avantage de la naprotechnologie, c’est que c’est un suivi très humain. On avait l’impression d’être écouté en plus d’être juste à une énième consultation.. Bien sûr c’est ouvert à tous ! Ce n’est pas magique, parfois il n’y a pas de solution mais au moins on trouve une écoute. 

camille bavarde les etinc'elles

Avez-vous pensé à l’adoption ?

Oui, après avoir a commencé la naprotechnologie en février 2018, au mois de juin on a commencé à réfléchir à l’adoption. Au départ Pierre-Luc n’était pas du tout prêt, pour lui ce n’était pas pareil parce que cet enfant ne serait pas la chair de sa chair. Cela a été source de conflits chez nous mais le temps et la communication a fait l’affaire comme souvent dans cette épreuve. Quelques temps après ma sœur est venue avec son bébé de 3 mois à la maison et on s’en est occupé toute la journée, et le soir Pierre-Luc m’a dit tenant ce bébé dans ses bras « finalement, là tu vois j’arrive à me projeter en tant que père avec un petit de cet âge même si ce n’est pas la chair de ma chair»

On a donc envoyé notre dossier début juillet et on a été très vite contactés en septembre. J’avais 26 ans et Pierre-Luc 24. Ils ont été un peu plus pointilleux dans les questions à cause de notre âge. En plus de la visite de l’assistante sociale et du rendez-vous avec un psychiatre, ils nous ont presque imposé d’aller voir un psychologue, alors que c’est une étape habituellement facultative. Je pense que c’était aussi pour tester notre motivation, pour vérifier que ce n’était pas une fuite. Ce projet nous a beaucoup fait grandir. Au début on se sentait jugés par les services d’adoption, on ne sentait pas légitimes. Cela nous a amenés à nous poser des questions sur notre légitimité, à nous demander si nous avions bien fait le deuil de notre enfant. J’avais maladroitement dit à la psychologue que je pensais ne jamais faire le deuil d’avoir un enfant. En fait, je voulais dire que je n’aurais jamais fait le deuil de la grossesse. 

A partir de janvier 2019 on est entrés dans une forme d‘abandon. On priait énormément le Bon Dieu pour que Sa volonté soit faite, que l’on ait l’agrément ou non. On devait avoir la réponse fin mars, et début mars on a annoncé aux médecins de la naprotechnologie qu’on arrêtait. Le lendemain j’apprenais qu’on attendait un bébé ! Ce n’était pas très bien parti, on a dû faire plein de tests pour savoir si ça n’allait pas terminer en fausse couche. Mais on se disait que quoiqu’il arrive on attendait un bébé, et que même s’il devait rejoindre le Seigneur on aurait été heureux 24h, 48h, une semaine. On l’a tout de suite dit à l’adoption et ils ont mis notre dossier en pause pendant un an. 

On pense que c’était le Bon Dieu qui nous disait « non ce n’est pas l’adoption que je veux pour vous ». Un très bon ami a fait un parallèle, il nous a dit que c’était un peu comme Abraham à qui Dieu demande de tuer son fils, et à la dernière minute, quand il voit qu’il va vraiment le faire, il l’arrête. J’ai toujours eu du mal à comprendre ce passage de la Bible, c’est assez particulier… et pourtant là c’est un peu mon ressenti. Le bon Dieu a regardé notre réaction et voyant le chemin que l’on empruntait et l’abandon dans lequel on a finalement réussi à entrer (après beaucoup de temps certes) nous a répondu à la dernière minute par rapport à l’agrément.

camille bavarde au bout d'un moment - Copie

Comment votre foi vous a-t-elle accompagnés ?

On a attendu et gardé la foi, même si j’avoue qu’à certains moments c’était un peu dur… On n’a jamais eu de doutes sur l’existence de Dieu, mais il y a des moments où on lui en voulait tellement qu’on ne voulait plus le voir. En 3 ans et demi on a raté la messe deux fois, ça nous paraissait énorme. Mais après on ne se sentait pas bien et ça ne changeait rien. Je suis très terre à terre, le Bon Dieu c’est comme si c’était mon Père, quand je lui fais la tête je n’ai pas envie de le voir. Et pour ne pas complètement lui tourner le dos, à la prière du soir je disais juste « bonne nuit je n’ai rien de plus à vous dire ». Et finalement au moment de l’adoption on a complètement repris confiance en se disant qu’il avait sans doute prévu un autre chemin de parentalité pour nous. 

Est-ce qu’il y a eu une différence de vécu entre toi et ton mari ? 

Oui. Quand j’étais arrivée à un stade où je ne prenais plus les bébés dans les bras, pour Pierre-Luc c’était l’inverse : dès qu’il y avait un bébé il s’accrochait. Sa thérapie c’était de prendre les enfants dans les bras. Il arrivait à être heureux pour les couples qui attendait un enfant, moi je n’y arrivais pas. 

Comment cette épreuve a-t-elle éprouvé votre couple ? Comment l’avez-vous préservé ?

L’avantage c’est que l’on communique énormément. Il y a eu des disputes, des moments où l’on ne se comprenait pas c’est sûr, mais je pense que cette épreuve nous a énormément soudés. C’est marrant parce que pendant l’épreuve tout le monde nous disait qu’on était rayonnants et qu’on était un vrai témoignage, mais on était hyper malheureux et on s’est souvent disputé et je ne comprenais pas comment on pouvait rayonner. Et en fait je pense qu’on a appris à se montrer notre amour mutuellement sans enfant. Quand on se marie, l’enfant est le fruit de l’amour du couple et on peut être très désemparé quand ça ne marche pas parce qu’on a l’impression de ne pas donner de fruit à cet  amour. En fait on en donne autrement. 

Pour nous préserver, on a énormément voyagé et ça nous a beaucoup apporté. C’est magnifique de voyager. J’adore mon pays, mais le Bon Dieu a créé le monde entier d’une manière tellement diverse que je prends énormément de plaisir à découvrir les autres cultures, les autres paysages. On a été au Vietnam, en Thaïlande, au Laos, en Birmanie,  en Crête, à Malte… C’est grâce à tous ces voyages que je me suis mise à la photo, ainsi que des rencontres, des discussions avec Gabrielle et Angélique notamment. Et un jour Angélique m’a proposé de la remplacer sur un mariage et m’a énormément donné confiance en moi.Moi qui n’est jamais rien su faire de mes mains et qui n’avait d’autres identité que “l’intello”, avec la photo je me suis trouvée quelque chose à moi, je me suis découvert une autre identité alors que je n’avais pas cette identité de mère que je cherchais à ce moment là . Et c’est marrant de me dire que pile au moment où je commence à prendre les choses au sérieux pour la photo, j’attends un bébé ! 

© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

Qu’est-ce qui vous a le plus aidés ? 

Jusqu’à maintenant je me disais que la prière ne m’avait pas aidée, mais après coup je pense que Dieu m’a aidée à travers mon mari. On compare le mariage au lien de Dieu avec l’Eglise. Et pour moi c’est évident qu’à travers mon mari c’est Dieu que j’aime car nous sommes tous à l’image de Dieu. Sans lui je n’aurais jamais réussi. J’avais l’impression que Dieu m’abandonnait mais en fait il était bel et bien présent à travers Pierre-Luc qui a été mon roc durant toute l’épreuve. Quand on était en voyage en Birmanie on a envoyé une photo de nous deux sur le groupe famille. Et mon père, qui fait rarement des compliments, a juste répondu « Bravo Pierre-Luc ». Ca voulait dire « bravo Pierre-Luc, tu rends ma fille heureuse malgré l’épreuve. » Car oui transparente comme je suis, ma famille, nos familles savaient à quel point point cette épreuve était éprouvante.

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Si tu avais un message à faire passer à un couple qui vit une épreuve comme la vôtre, qu’est-ce que ce serait ? 

Je dirais que si c’est possible pour eux, il faut en parler, ne rien garder pour soi, même s’il y a forcément des gens qui vont fuir la discussion. 

En ce qui nous concerne, personne ne pouvait rien faire, mais j’ai eu des amis avec qui j’ai pu pleurer, Pierre-Luc a eu des amis avec qui discuter. Le simple fait d’avoir des amis qui sont restés présents, qui ne nous ont pas abandonnés, de la famille, de simples petits textos « ça va ? comment vous tenez le coup ? » c’est une aide précieuse. Et c’est aussi ce qui nous a le plus manqué de la part de certains. 

Nous avons aussi été très accompagné pendant l’adoption. Par nos amis mais aussi et surtout par un oncle et une tante qui ont su être à l’écoute, nous aiguiller mais aussi nous rappeler certaines choses fondamentales et nous faire nous poser les bonnes questions. 

camille bavarde les etinc'elles arrivée à un point - Copie

Il faut aussi savoir se préserver si c’est trop dur. Parce que la personne en face sent que l’on n’est pas bien. Moi j’avais beaucoup de mal avec les femmes enceintes. Si on ne se sent pas capable de voir une femme enceinte un certain temps, ce n’est pas grave, parfois il faut être un tout petit peu égoïste dans cette épreuve. Cela je le tiens d’une de mes cousines qui a vécu la même épreuve et qui m’a donné ce conseil assez vite d’ailleurs.

On a eu des amitiés qui ont été en danger à certains moments ; je me suis un peu coupée d’une de mes témoins à un moment parce que c’était trop dur. Petit à petit je suis revenue vers elle. Et l’annonce de grossesse d’un couple d’amis dont nous sommes très proches a été extremement difficile à vivre pour moi. On se voyait très souvent : on était dans la même chorale, on avait des amis en commun. Je suis de caractère jalouse, ils se sont mariés deux ans après nous et ils ont eu l’enfant pile au moment où ils voulaient. C’est débile et pas du tout charitable mais ça a fait mal sur le coup, et je pense que si ça n’avait tenu qu’à moi peut-être qu’on se serait éloignés pendant un moment. Heureusement les circonstances et l’amitié de nos maris nous ont empéché de nous éloigner. Et aujourd’hui je peux le dire, notre amitié a grandi et est une des plus belle que nous vivons. 

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© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

Et que dirais-tu aux proches de ces couples ? 

Je leur dirais d’être à l’écoute et de poser des questions. Quand on connait bien le couple on sait très bien s’ils ont un projet de bébé ou pas. Et si on ne sait pas on peut poser la question avec beaucoup de bienveillance : « je ne sais pas si vous attendez volontairement ou si c’est involontaire, mais si c’est involontaire sachez que je prie pour vous ». Si la personne n’est pas en espérance d’enfant elle répondra tout simplement « ne t‘inquiète pas c’est volontaire ». Et si elle l’est, cela leur montre que l’on est là et que l’on pense à eux. Elle doit être posée avec beaucoup de bienveillance ! Il ne faut pas demandez « bah qu’est-ce que vous fabriquez ?! » ! Et puis en fonction des caractères, il y a des gens très pudiques à qui il est plus compliqué de poser la question. 

Cela dépend aussi des langages de l’amour de chacun : une de mes sœurs m’a envoyé des petites intentions : des box, des prières, et une amie m’a envoyé une lettre me disant « je suis loin de toi mais voilà de quoi prendre soin de toi » avec un vernis à ongles et une crème pour la peau. C’est tout bête mais c’est tout ce qu’elles pouvaient faire ! Les proches ne peuvent pas nous donner l’enfant bien sûr, mais ils peuvent nous montrer qu’ils sont là. 

camille bavarde les etinc'elles

Est-ce qu’il y a eu des maladresses de la part de votre entourage ? 

J’avais très peur de ces maladresses et c’est pour ça qu’on en a très vite parlé. Il y en a eu. La phrase qui nous a vraiment énervés c’est « je sais que ça viendra un jour », même si ça partait d’une bonne intention. En fait, personne ne sait. Il y a des couples qui n’ont jamais d’enfants alors qu’ils n’ont pas de problèmes majeurs. On préférait entendre « Je suis confiant, vous trouverez votre place, vous aurez des enfants d’une façon ou d’une autre, avec l’adoption par exemple ».

Et il y avait aussi ceux qui nous disaient de profiter en attendant. C’était maladroit, ça nous énervait sur le coup mais on savait qu’ils avaient raison. Pendant les 4 ans d’attente, on a voyagé, on a reçu chez nous, on a fait Even et on a intégré une chorale. On a développé de grandes amitiés que l’on n’aurait pas eu le temps de développer si on avait eu des enfants tout de suite. On n’aura pas de regrets. Quand on a appris qu’on attendait notre bébé, on avait prévu de partir au Sri Lanka, et bien on est partis quand même, j’ai couru le Mud Day… On n’a pas arrêté de vivre. 

Mais le plus difficile a sans doute été ceux qui en ont fait un sujet tabou, qui nous faisaient comprendre qu’ils préféraient éviter le sujet et ne pas en parler. Clairement avec ceux là on avait l’impression qu’on avait pas le droit de souffrir, qu’on était bien gentil mais qu’il y avait pire. Bien sür qu’il y a toujours des gens qui souffrent plus mais dans notre épreuve ce qui a été dur à vivre c’est le côté invisible de la souffrance. Quand quelqu’un est malade, quand quelqu’un est abandonné, sa souffrance est réelle pour tout le monde donc c’est légitime de demander des nouvelles. C’est je dirais ce qu’on attendait le plus, simplement que notre entourage prenne des nouvelles et nous montre qu’ils ont compris que la souffrance était là.

Comment te sens-tu maintenant, avec ce petit bébé tant espéré au creux de toi ? 

Alors jusqu’à 4 mois je ne le sentais pas, j’ai dû avoir 4 nausées c’est tout. Je me souviens du jour où je l’ai vraiment senti pour la première fois. Je jouais avec mon ventre allongée sur le lit et tout d’un coup j’ai arrêté, et il y a eu un petit coup de pied que j’ai senti et que Pierre-Luc a vu ! Chaque jour on réalise et on se dit « ah c’est vrai, on a ce bonheur ». C’est très bizarre comme sensation, mais c’est magnifique, c’est magique. Aujourd’hui, à 3 semaines de la naissance il bouge énormément et fait la fête à son papa dès qu’il le peut ! Il le réveille même la nuit  Il amuse ses cousins qui observent tout mouvement lorsque je me pose un peu . Je vis cette grossesse comme si c’était la seule car on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. On est heureux et comblé et c’est tout ce qui compte aujourd’hui. Je dirais même que ce bonheur est tel qu’on a déjà oublié toute la souffrance de l’attente. Aujourd’hui on est juste impatient de le rencontrer, un peu comme 2 enfants la veille de Noël !

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© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

C’est fou de se dire que les problèmes de fertilité sont courants mais qu’on en parle si peu. Il y a quand même 2/3 des grossesses qui finissent en fausse couche par exemple. 

Oui, alors pour les fausses couches je l’avais entendu. Et souvent ce sont des fausses couches tellement précoces que l’on ne s’en rend même pas compte. 

Mais c’est vrai que quand on se marie on n’a pas du tout conscience que ça pourrait ne pas fonctionner… Et pourtant aujourd’hui l’infertilité grimpe de manière exponentielle. Un truc tout bête, qui m’a toujours pincé le cœur lors des messes de mariage : quand le prêtre dit « êtes-vous prêt à accepter tous les enfants que Dieu vous enverra ? » moi j’avais envie de rajouter « ou ne vous enverra pas ! ».  Être prêts à s’aimer pour le meilleur et pour le pire, même sans enfants. Evidemment j’aurais répondu oui, mais il faut en prendre conscience. 

Moi je suis persuadée qu’il y a quelque chose qui est lié à la nourriture : on se nourrit très mal et la naprotechnologie nous a montré que pour certaines personnes ça peut être une cause d’infertilité. Pour l’eau c’est pareil, on nous conseille de passer à l’eau en bouteille parce que dans l’eau du robinet il y a tellement d’hormones déversées par les femmes et par la pilule que ça peut jouer sur la fertilité. Il y a eu une étude qui a montré qu’il y a eu une grosse diminution du nombre de poissons mâles dans les rivières. (plus d’infos ici : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-feminisation-poissons-rivieres-nouveaux-produits-cause-18015/)

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Quel impact cette épreuve a-t-elle eu sur ta féminité ? 

Dans ma vision des choses, la féminité était liée à la maternité. Ce qui a été dur c’est que tous les mois, la nature me rappelait que j’étais femme mais que ça « n’aboutissait pas ». Pour moi le corps de la femme est fait pour accueillir la vie. Donc quand on est privée de ça, on a l’impression d‘être coupée d’une certaine forme de féminité. 

Mais heureusement il n’y a pas que la maternité. Et j’ai donc appris à être femme autrement que par la maternité. Je me suis demandé en quoi j’étais féminine parce que je n’arrivais pas à être mère : je le suis autrement, par mon caractère et sa complémentarité avec celui de mon mari. 

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© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

Avez-vous été accompagnés pendant votre parcours ? 

L’Eglise se réveille de plus en plus mais il y a eu des moments où l’on se sentait complètement abandonnés. Il y a des accompagnements pour les couples, pour les couples avec enfants, pour les étudiants, mais pas grand-chose pour les couples en espérance d’enfants… J’ai toujours été touchée pendant les intentions de prières pour les couples dans notre situation. Je dirais que quand on cherche il y a plein de prières, plein de saints, mais ça manque d’un accompagnement spirituel. On a été face à des prêtres démunis face à notre épreuve. Il faut créer des structures d’accompagnement au sein de l’église. 

Pour toi quelle est l’essence de la féminité ? 

La féminité c’est le marqueur de la différence homme-femme, que l’on veut à tout prix gommer aujourd’hui. C’est mettre l’homme en avant, dans le sens positif. Moi j’admire mon mari pour ce côté héroïque, toujours dans l’action, qu’ont spécifiquement les hommes. Et à l’inverse la femme c’est la grâce, la douceur, la bienveillance. Pour moi on est complémentaires. On a besoin de l’homme tout comme l’homme a besoin de nous.

Ensuite dans la féminité il y aussi l’élégance, mais c’est un plus. Pour moi l’élégance ce n’est pas seulement se maquiller (d’ailleurs je ne me maquille pas), c’est s’habiller de manière à mettre en valeur le corps que Dieu nous a donné, c’est respecter ce corps dans son entité, qui est différente si l’on est une femme ou un homme.

Je pense que de par mon passé, ma féminité s’est beaucoup développée avec mon mariage. Quand j’étais jeune, en 6e-5e j’ai été harcelée, mes deux meilleures amies m’ont trahie. Et jusqu’à la terminale dans ma tête, j’étais moche, grosse et on ne pouvait pas m’aimer. Je me suis réfugiée dans l’intellect, dans la nourriture, je ne pensais pas du tout à mon côté féminin. Même si j’ai un peu évolué avant, c’est grâce au regard bienveillant de Pierre-Luc sur moi que ma féminité s’est développée. Son regard m’a permis de me construire au début de notre relation. Je me suis sentie d’un coup épanouie, féminine, plus sure de moi et ça change tout. 

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Pour toi quel est le rôle de la femme dans la société actuelle ? 

Pour moi c’est un rôle de soutien. Ça peut paraitre ingrat, vieux jeu, mais finalement la plupart des rois des France ont eu des femmes qui leur insufflaient leurs idées. De la même manière qu’elle est éducatrice du cœur de l’homme, la femme est éducatrice de la société. Par ses conseils, sa bienveillance et sa douceur. L’homme est là pour taper du poing et prendre les décisions. Dans une famille c’est le père qui tient la tête mais c’est la femme qui le guide, qui donne la direction du bien. C’est un travail d’équipe en somme. 

Que dirais-tu à la jeune fille que tu étais à 15 ans ? 

D’avoir confiance en elle, que l’on peut l’aimer pour ce qu’elle est, qu’elle n’est pas juste une intello derrière ses bouquins. Qu’elle n’a pas besoin de tout donner pour qu’on l’aime. Je la rassurerais et je lui dirais qu’on peut l’aimer pour ce qu’elle est, qu’elle se mariera (je ne pensais pas que je me marierais, à l’époque dans ma tête un homme ne pouvait pas m’aimer) et qu’elle aura une belle vie.

MERCI Mahaut pour ces mots posés sur ton histoire, avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. Merci d’avoir témoigner de cette épreuve, car beaucoup de couples la traversent malheureusement. J’espère qu’ils trouveront dans ton récit une forme soutien, et j’espère que les proches de couples vivant cela sauront mieux, au regard de ton expérience, comment les aider. 

camille bavarde les etinc'elles

© Mahaut Radenac @mahaut_photographies

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