Les Etincelles #15 : Anne « Pour moi, être une femme c’est rayonner de simplicité »

Bonjour à tous !

On se retrouve aujourd’hui pour une nouvelle Etinc’elle, et cette fois c’est Anne qui m’a fait la joie de me me livrer son témoignage. Parce que l’entrepreneuriat disons-le, ça fait rêver beaucoup d’entre nous, on imagine la liberté, l’indépendance, l’épanouissement le plus complet… Mais comment c’est dans la vraie vie? Anne nous raconte son parcours, comment elle s’est lancée et à quoi ressemble la vie d’une jeune créatrice en quête d’un monde plus bienveillant…

Bonjour Anne ! Peux tu me raconter qui tu es ? 

Je m’appelle Anne Létondot, j’ai 26 ans depuis 2 jours (et un anniversaire d’une illustratrice spécialisée dans le patrimoine le jour des journées du patrimoine, ça ne s’invente pas !). Je suis mariée depuis 2 ans et je vis en région parisienne. Je suis architecte de formation et je suis la fondatrice de l’entreprise Illustration de Patrimoine, où je suis donc… illustratrice spécialisée dans le patrimoine.

Peux-tu me me raconter le parcours qui t’a amenée jusque là ? 

J’ai fait quasiment toute ma scolarité jusqu’au lycée dans les Hauts de France, puis je suis partie faire mes études d’architecte, à Rouen, puis en Erasmus en République Tchèque et enfin mon master à St Etienne. J’ai un peu travaillé à Marseille puis je me suis mariée et me voilà en région parisienne ! 

C’est très rapidement que j’ai eu besoin de m’entourer de personnes bienveillantes. Les études d’archi sont très difficiles en terme de pression, de charge de travail. Malheureusement, beaucoup de professeurs cautionnent “les charrettes”, un concept durant lequel l’élève dort peut pour produire un maximum… parfois plusieurs jours de suite. La relation professeur-élève est parfois très froide, et j’ai du mal avec ça… 

Je suis donc partie en Erasmus : j’avais besoin de souffler et de faire le point pour savoir si l’archi était vraiment faite pour moi. C’est à ce moment que je me suis intéressée au grand public, à la sensibilisation et la valorisation de l’architecture. 

J’ai ensuite orienté mon master sur le rapport à la culture, ce qui est très important pour moi. Mon mémoire traitait de comment reconnecter le grand public à l’architecture à travers la presse.

Puis j’ai commencé à travailler pour des boites d’archi et des magazines de design en tant que journaliste et rédactrice, mais ce n’était pas encore “ça”, il me manquait quelque chose.

Qu’est-ce-qui t’a donné l’idée de te lancer dans l’illustration de patrimoine? 

Je me suis mariée en août 2018 et j’ai cherché une illustration de l’église où l’on se mariait, pour le livret de messe. Comme nous ne trouvions pas ce que nous voulions, j’ai décidé de le faire moi même puisqu’il s’agit de mon coeur de métier ! Et c’est là que j’ai lancé Illustration de Patrimoine. J’ai fait des illustrations pour des amis, j’ai ouvert un compte Instagram… et ça s’est lancé ! C’est comme ça que je suis passée du journalisme à l’illustration, en gardant le fil rouge de la valorisation du patrimoine. 

J’aimerais savoir à quel moment tu t’es décidé à te lancer comme activité principale, comment t’es-tu sentie prête ? 

Avant de me lancer, je travaillais donc pour un journal et j’avais déjà le statut de micro-entreprise. En février 2019 ça s’est terminé de manière assez brutale. J’ai rebondi sur l’opportunité, deux jours après mes flyers étaient imprimés et j’allais les distribuer dans les boutiques de déco de la ville d’à côté. Je suis une battante, j’ai choisi de saisir l’opportunité qui se présentait à moi. J’ai vite vu que ça plaisait, que ça fonctionnait sur les réseaux.

Donc tu t’es lancée et là est ce que ça a démarré facilement ? Comment se sont passés les premiers mois? 

La première chose qui a été un élément déclencheur, c’est de lancer des flyers et des actions de communication. Une boutique de créateurs m’a proposé un espace d’exposition pendant 15 jours la semaine d’après. Donc j’ai exposé, et comme c’était une ville riche en patrimoine avec de belles villas, j’ai tout de suite touché la bonne clientèle. Cela m’a permis de m’intégrer dans une logique avec la ville : la mairie a repéré mon travail, et j’ai travaillé avec eux pour faire des illustrations, des activités avec les enfants… ça m’a permis de créer de vrais contacts hors Instagram. Je dis souvent que ma réussite est liée à Instagram mais il y a aussi tout un réseau physique ! C’est allé assez vite et parfois je me demande comment j’en suis arrivée là. 

Tu ne réalises pas que tu as aussi bien réussi?

J’avoue que ces derniers jours il m’est arrivé plein de choses vraiment chouettes et je me demande comment j’en suis arrivée là oui. C’est aussi un peu d’appréhension, parce que je commence à arriver à un moment où mes journées ne sont pas extensibles, je me demande si j’ai le temps, j’aimerais dire oui à plus de projets… Ca voudrait dire avoir d’autres personnes qui travaillent avec moi et rentrer dans la cour des grands ! 

Ca doit être excitant et effrayant à la fois !

Oui et tu vois j’arrive à un moment où j’ai fait mon petit bonhomme de chemin, je commence à être fière mais je culpabilise presque d’être contente de mon travail ! 

Cette culpabilité, ça a un rapport avec la légitimité ? Ce fameux syndrome de l’imposteur ?

Il y a de ça oui ! Et ce problème de légitimité ne se pose pas dans toutes les situations. Dans mon activité il y a  deux types de clientèle : les clients particuliers, et les clients pro. Avec les particuliers je n’ai pas trop de problème de légitimité, c’est ma première clientèle, c’est avec eux que les rapports sont plus simples ! Quand je travaille avec des pros, je me retrouve à présenter mon projet devant le directeur, le chargé de com, la responsable de boutique… là c’est différent ! Ce n’est pas évident. 

Il y a aussi la question des budgets. Le sujet de l’argent déclenche des mécanismes chez certaines personnes et je trouve ça dommage parce que c’est une réalité, et moi ça ne me dérange pas du tout de parler d’argent. Quand il n’y a pas de non-dits, la relation est tellement plus simple ! Il ne faut pas avoir peur de parler d’argent. Ca rejoint la question de la bienveillance. Il faut savoir parler de son budget, de ses contraintes, en toute simplicité.

Pour reparler de la bienveillance, j’ai l’impression que ça compte énormément pour toi, comment appliques-tu cela au quotidien? 

Je pense que déjà il faut communiquer en vérité, cela crée de la bienveillance. Le fait d’échanger permet de faire tomber les a priori, d’avoir une vraie relation, de faire tomber les barrières. Il ne faut pas hésiter à poser les choses. Parfois le fait de simplement poser la question du budget permet d’instaurer un climat de bienveillance. 

Quand on parle bienveillance on peut aussi parler des réseaux sociaux. Comment vis-tu ta présence sur les réseaux sociaux? Y a-t-il une forme de comparaison? 

Je suis plutôt du genre à ne pas trop regarder ce qui se passe à côté parce que ça ne sert pas à grand chose. Je choisis de ne pas trop y prêter attention, de ne pas m’y attarder, parce que ça me ferait perdre de l’énergie, voire parfois me mettrait un coup au moral. Et puis j’ai plutôt de la chance, je n’ai pas trop de retours négatifs ou désagréables. Je pars du principe que je veux être authentique au maximum sur les réseaux sociaux et que si l’on me suit, c’est que l’on accepte ce côté authentique. 

Le seul retour compliqué que j’ai eu à la fin du confinement, c’est un retour de vague. C’est à dire que pendant le confinement tout le monde a été très bienveillant, disant qu’il fallait soutenir les petites entreprises, et cetera… Mais une fois que l’on a été déconfinés j’ai eu énormément de messages désagréables et pressés : “ça fait 2 jours que j’ai passé commande je n’ai rien reçu”… J’ai d’ailleurs écrit un article sur le sujet entrepreneure déconfinée, oui, mais... »

Même si l’on a été déconfinés, ce n’est pas pour autant que l’on s’en sort, moi je ne sais pas si je vais faire les marchés de Noël cette année… Cette vague de soutien a eu lieu mais les gens n’ont pas forcément conscience que l’on est toujours sur le fil. 

C’est une prise de recul nécessaire j’imagine! C’est intéressant parce qu’on ne se rend pas forcément compte de ce qui se passe de “l’autre côté de la commande”… j’imagine que tu dois avoir pas mal de choses à faire hors de la création, est ce que tu n’as pas l’impression de t’éloigner de de ton corps de métier? 

Ca me plait énormément (à part la compta) ! Cet aspect très pluriel de l’entrepreneur qui fait que je dois gérer plein de choses à la fois, les newletters, les articles, le blog, le packaging, les impressions… J’ai besoin de cette stimulation. J’ai la chance d’arriver à tout faire, après oui parfois je suis un peu fatiguée le soir… mais c’est hyper inspirant ! 

C’est pour ça que tu as créé le blog? 

Au début c’était plus une question de référencement pour ranquer sur les mots clés. Aujourd’hui c’est aussi une autre manière de m’exprimer sur certains sujets. 

Est ce qu’il y a des aspects que tu trouves plus difficiles? 

Si on met la compta de côté… je dirais que la charge mentale est parfois vraiment intense. Il y des soirs où j’ai besoin de court circuiter mon cerveau pour profiter de ma soirée, comme des soirs où ça ne me dérange pas du tout de travailler. 

Je dirais aussi que parfois certains rapports avec les clients sont difficiles. Au delà de la bienveillance il y a la question du respect. J’ai eu des potentiels clients avec qui j’ai fait des des rendez-vous présentiels, pour qui j’ai investi du temps, fait des devis… Et du jour au lendemain, plus de réponse. Je ne comprends pas que l’on puisse ne pas répondre, ça me dépasse un peu. Parfois je me demande si c’est moi qui suis trop exigeante. Mais me dire “désolée finalement on ne va pas donner suite”, c’est tellement plus simple pour tout le monde ! 

Voilà pour les petits inconvénients qui sont bien moins nombreux que les avantages. Ca me permet de gérer mon rythme familial comme je l’entends. Mon mari est pompier, alors quand il est de garde je travaille à fond et quand il est congé, on bouge. 

J’imagine que l’équilibre avec la vie privée n’est pas forcément évident à trouver. 

Oui. Ce sont des choses toutes bêtes mais parfois il faut juste couper son téléphone. C’est important, parce qu’on est tous les deux passionnés de ce que l’on fait, et on peut très vite déborder sans que l’on s’en rende compte. Il faut faire attention mais je pense que le cadre est là pour savoir si on est dedans ou dehors. Parfois, si je me sens frustrée de ne pas pouvoir travailler en vacances par exemple, je sors un peu du cadre et je travaille. L’important c’est de s’en rendre compte et de ne  pas le faire tout le temps. Ma boite c’est mes tripes, alors c’est bien de se fixer des limites mais il ne faut pas non plus se créer un carcan !  

A plus grande échelle, comment te projettes-tu ? Quels sont tes rêves professionnels? 

Le leitmotiv de ma boite c’est vraiment la valorisation du patrimoine. Aujourd’hui j’utilise l’illustration et les ateliers de sensibilisation avec les enfants, des cours de dessins, de maquette… J’adorerais ne plus être toute seule un jour, créer une agence de valorisation du patrimoine, avoir ces grands chantiers regroupés dans une même structure ! J’adorerais aussi être directrice artistique pour une autre entreprise… Et parfois je me dis que dans 5 ans on sera 15 dans ma boite… ça dépend des jours ! Mais là je me sens à l’étroit, je n’ai pas le temps de tout faire, des mails qui traînent, et puis le patrimoine c’est un domaine si riche que je pourrais passer ma vie à dessiner si je le voulais ! 

Est ce qu’il y a un monument que tu as préféré dessiner, quelque chose qui t’a particulièrement touchée ? 

Alors promis ce n’est pas une histoire marketing… Mais j’avais commencé à dessiner la cathédrale Notre Dame de Paris au tout début de mon activité, quand je n’avais pas trop de commandes. Evidemment ça m’a pris un temps de fou… et puis je l’avais mise de côté. Un jour, mon mari travaillait et j’ai décidé de m’y remettre. Le soir même j’apprenais qu’elle brûlait. Depuis c’est un peu ma muse, celle qui est sur mes cartes de visite ! D’un point de vue émotionnel c’était très fort, il y a l’aspect catho, l’aspect patrimoine, l’aspect français…. Et c’est celle qui plait le plus.

Incroyable ! C’est fou que ce soit arrivé à ce moment-là. Merci beaucoup de m’avoir confié ton quotidien de créatrice c’est très inspirant ! Maintenant j’aimerais te poser quelques questions sur la féminité. 

Pour toi qu’est-ce-que la féminité ? 

Pour moi être une femme c’est réussir à trouver un équilibre entre vie intérieure, vie de famille, vie amicale et vie professionnelle. Il faut trouver une unité de vie, réussir à être soi-même et à rayonner de manière authentique. C’est rayonner de simplicité, ne pas avoir besoin d‘en faire des tonnes. Il faut être bien dans ses pompes et c’est le principal. 

Pour toi quel est le rôle de la femme dans la société actuelle ? 

Les deux sont liés. Pour moi il y a la question de la transmission. Envers ses enfants, mais c’est aussi l’idée de transmettre quelque chose de mieux. 

Que dirais-tu à la jeune fille que tu étais à 15 ans ?

Je lui dirais d’arrêter d‘accorder de l’importance au regard des autres, et de ne pas avoir peur d’être bien mais peu entourée, de préférer la qualité à la quantité en terme de relation. 

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